9 Mai 2026
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Dès l'entrée du Castelet de l'ancienne prison Saint-Michel, une structure étrange. Une immense vasque, magnifique ou plutôt une immense coupe, en bois, trône en plein milieu de la cour. Premier contact avec l'exposition de l'artiste Nicolas Daubanes qui propose «Le ciel nous vengera».
Lieu idéal que cette ancienne prison pour exprimer le questionnement de Nicolas tourmenté par les sentiments liés à l'enfermement , aux quatre murs d'une cellule sans horizon, sans espace, sans espoir.
Il réalise depuis plus de quinze ans un travail autour du monde carcéral, sous forme de dessins, d'installations vidéo... issu de résidences immersives dans les maisons d'arrêt.
De son séjour en résidence à la Villa Médicis à Rome il ramène l'image d'une fontaine érigée dans les jardins de la Villa. Une fontaine que de nombreux artistes résidants, comme Camille Corot, choisiront comme modèle .
Nicolas décide de refaire cette vasque mais en bois, du bois issu des anciennes portes de la prison des Baumettes.
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La fabrication, il la confiera à des anciens détenus de l'Atelier de Réinsertion à la Ressourcerie de Montpellier. Pour eux, rapidement , la vasque deviendra familière . Elle leur rappelle une gamelle, une immense gamelle de chien. La «gamelle», ce plateau en plastique servi à heures fixes dans les cellules, chargée d'une nourriture tiède et sans goût. Image immédiate avec ce qu'elle charrie d'humiliation.
Nicolas prend cette décision, qui n'a rien à voir avec de la paresse, à 23 ans, le même serment que celui qu'écrivit Arthur Rimbaud en 1873 dans une lettre à un ami. Nicolas sera un artiste.
C'est Louisa Yousfi, une écrivaine rencontrée à Rome, qui le décrira le mieux : «Un type un peu revêche, quelque chose d'ours dans la dégaine, la barbe mal rasée, manifestement plus à l'aise dans la poussière d'un établi qu'au milieu des mondanités d'un vernissage. A bien le regarder, il pourrait être de ces détenus parce qu'entre l'art et la prison, il n'existe pas de frontière existentielle nette mais bien souvent, une continuité de gestes, de colères, de débrouilles.»
Dans ses œuvres, il fissure les bâtiments de l'enfermement, leurs murs suintent, sont en train de s'effondrer. Ses techniques plastiques sont inédites_. Ses peintures à la poudre d'acier aimantée sont sensibles au moindre souffle . «_La limaille de fer, utilisé dans les dessins, nous dira Nicolas, nous renvoie aux barreaux des prisons, mais aussi aux limes qui permettent l'évasion. Ce qui apparaît est fragile, il faut en prendre soin et savoir que tout est éphémère.»
Il utilisera aussi des incrustations d'acier incandescent sur verre, des sculptures en béton et sucre ou céramique dentaire ou encore des photographies révélées aux étincelles d'acier incandescent.
Nicolas Daubanes est lauréat du Prix Mezzanine Sud les Abattoirs 2017, du Prix des Amis du Palais de Tokyo en 2018 et du Prix Drawing Now en 2021 à Paris. De la Crypte d'Orsay à l’Hôtel des Invalides, de Marseille à Bordeaux, il a présenté aussi une grande installation à la Biennale de Lyon en 2022.
Au Castelet de Toulouse, «Le ciel nous vengera ...» sera exposé jusqu'au 2 août 2026.
Du mardi au dimanche 18 bis Grande Rue Saint-Michel
Contact : www.monuments.toulouse.fr
monuments@culture.toulouse.fr
Michel