30 Décembre 2000
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Le nom du Busca est un patronyme fréquent en gascogne et signifie petit bois, bosquet ou bois de chauffe et aurait pu être le patronyme de ce quartier. Mais c'est aussi celui d'une famille de BUSCA et de son ancien château.
L'allée du Busca (actuelle Allée Édouard Branly), bordée de peupliers, menait au château du Busca qui était situé entre les actuelles rues Marceau et Desprez, inexistantes à l'époque.
La famille de BUSCA y possédait une métairie. C'était alors le "faubourg du Sauzat", nom à la présence du ruisseau du Sauzat alimenté par le Miéjesoles et des nombreux saules comme probablement le quartier voisin de "Saouzelong", le saule allongé.
A la mort en 1617 de Pierre de BUSCA, son épouse Marie d'ESPAIGNE et son fils Jean-François, écuyer, ne trouvant personne pour travailler leur métairie, l'afferment vers 1640 à des bouchers dont le bétail, mal gardé, dégrade les vignes.
Acquise par Pol-François de BELOY, docteur et avocat, elle est en si mauvais état que personne ne se présente pour travailler et fournir la semence. Elle passe alors à la famille de MANIBAN. Thomas, avocat général, dont la fortune était comparée à celle du créateur du Canal, et Jean, Président au Parlement qui possèdent à Mansencôme, près de Valence-sur-Baïse le château du Busca-Maniban qui existe encore de nos jours.
Jean-François DASPE de Meilhan, Président à Mortier, devient propriétaire du domaine toulousain et fait bâtir le château. L'allée du Busca (actuelle Allée Édouard Branly), bordée de peupliers, menait au château du Busca qui était situé entre les actuelles rues Marceau et Desprez, inexistantes à l'époque.
La métairie jointe est appelée de Fougasse . Le domaine s'accroît considérablement. A son décès, le marquis de CLERMQNT, propriétaire, met en vente en juin 1783. Il prévient que l’on divisera les ventes, ll s’agissait en réalité d'une « maison de plaisance » comme il s'en rencontrait dans tout le gardiage de Toulouse dès le début du XVIIème siècle. C’était, nous dit P. SALIES, « une des plus belles maisons de la banlieue toulousaine, comportant une belle allée de peupliers, jardin, bosquet à l 'anglaise, cabinet chinois, jet d'eau, Orangerie » (1)
Cette description pourrait s’appliquer à d'autres sites dont les propriétaires faisaient assaut d'imagination pour étonner et charmer le public.
La maison de plaisance du Busca figure sur le plan dressé en 1774 par N. CHALMANDRIER. La manière dont il la présente confirme le propos de SALIES. Grâce à Gilles PIN nous avons la chance de pouvoir offrir aujourd'hui une image du domaine et de son environnement. Elle est extraite d'un panorama de la ville, pris depuis les hauteurs de Pech David, en 1775. G. PIN, miniaturiste de talent était devenu, à cette date, Directeur Général du Canal. Cette partie du panorama nous permet de reconnaître l’église des Récollets (à l’époque dotée d’un clocher), de situer le Domaine du Busca et de découvrir, au premier plan, celui de Monplaisir.'
Le domaine s’accroit sensiblement au Sud avant d’être menacé par des projets d’urbanisation. Il tenait jusque-là sa valeur de la proximité de la ville et « de l’absence de voisinage importun » (P. SALIES)
Au XIX° siècle, le sieur DARAN aîné, propriétaire, proteste contre l'établissement du chemin de Ronde (avenue Crampel) qui partage sa propriété et va mettre les importunités des employés de l'octroi à quelques mètres des fenêtres du château. Ce chemin sectionne une partie du domaine, réduit désormais à un simple champ, jusqu'à la rue des Orfèvres, que séparait déjà la rigole par où s'écoule l'eau d'assèchement du bassin de radoub du canal. En juin 1841, le canal déborde et le domaine du Busca subit un grand dommage.
Il appartient alors au Marquis de CASTELLANE qui a fondé en 1831 la Société d'Archéologie du Midi. C'est l’une des plus belles maisons de plaisance de la banlieue toulousaine, comportant une belle allée de peupliers (allée Edouard Branly), jardin, bosquet à l’anglaise, cabinets chinois, jets d'eau, orangerie, pont sur rigole, et... tannerie, longtemps florissante sous la régie de M. LAVAL jusqu’en en 1842. Cuves et fosses sont alors inutilisables imprégnées de coaltar, la compagnie du Gaz ayant utilisé les locaux. M de CASTELLANE tente d'abord de louer ce domaine :
Annonce location château du Busca - Le Journal de Toulouse Lundi 4 AOUT 1828
ensuite de le vendre mais le prix est trop considérable. Il doit morceler et vendre en parcelles, l'avenue des peupliers est transformée voie publique faisant perdre ainsi sa valeur au domaine :
"les ventes en parcelles allaient totalement faire perdre à son enclos sa valeur d’agrément que lui donnait son peu de distance de la ville et son isolement de tout voisinage importun, conditions qui ont un grand prix aux yeux des personnes riches."
MM. LAROMIGUIERE, SIPIERE et BISCONTE deviennent adjudicataires, le 14 janvier 1848. A cette date, trente-six petites parcelles avaient déjà été vendues. Un M. de BOISSON est chargé de détailler le reste, en créant des voies nouvelles pour multiplier les "façades". Le prix demandé étant trop élevé, l'affaire marche mal, et le 2 août 1859 un jugement ordonne le partage en trois lots, entre les ayants droits : Jean ESPINASSE, négociant et Jean-Rose DOURDIN de Bordeaux ; Pierre BISCONTE, ex-négociant et Sylvie LAROMIGUIERE., veuve d'Etiennet SIPIERE, ancien contrôleur des douanes; Célestin SIPIERE, vétérinaire de première classe au 1°' régiment des lanciers à Lyon.
C'est alors que fut démoli le château, considéré comme un obstacle au partage. Dans le second lot fut compris un puits à roue avec noria La tannerie avait été démolie en 1848. Ainsi naquit le quartier du Busca, dit "La Gravette" dans sa partie sud. On ouvrit les rues Rachou, Marceau et Desprez. Le nom encore porté par la place - qui n'avait jamais fait partie du domaine ! - fut perdu par le "chemin" en 1936, devenue avenue Victor-Segoffin, et par l'allée, aujourd'hui Edouard-Branly. Un temps le nom sillonna la ville sur les tramways 24 "Capitole-Busca".
Aux meilleures années, deux "baloches" se succédaient, l'une sur la place du Busca, l'autre sur la place de la Gravette (Henry Russel).
Pierre SALIES.
ARCHISTRA 126 (Edition tolosane N°10) - Aout-Septembre 1994 (consultable à la Bibliothéque du Patrimoine-rue de Périgord-Toulouse)
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Au début du XXème siècle, deux "baloches" se succédèrent, l'une sur la place du Busca, l'autre sur le place de la Gravette (Henri-Russel):
"De bièro, de clareto,
E de bouno piqueto
De l'an de la Coumeto
Boudiou ! que vaou m'en embuca
Per la Balôcho del Busca"
L'Anric del Busca (1904)
Extrait du Plan dédié à Monseigneur de Loménie de Brienne archevêque de Toulouse, par son très humble et très obéissant serviteur, N. Chalmandrier, 1774. Nicolas Chalmandrier (graveur, Paris), Lattré (graveur du roi, Paris). Estampe colorisée, 35 x 41 cm, cuvette 33,5 x 39,5 cm. Echelle 1/12 300. Ville de Toulouse, Archives municipales, ii 684. Domaine public.
Plan dédié à Monseigneur de Loménie de Brienne archevêque de Toulouse, par son très humble et très obéissant serviteur, N. Chalmandrier, 1774. Nicolas Chalmandrier (graveur, Paris), Lattré (graveur du roi, Paris). Estampe colorisée, 35 x 41 cm, cuvette 33,5 x 39,5 cm. Echelle 1/12 300. Ville de Toulouse, Archives municipales, ii 684. Domaine public.