17 Octobre 2025
Les habitants du Busca connaissent bien l'avenue Victor Ségoffin mais qui était cet artiste décédé il y a juste cent ans, le 17 octobre 1925 à Toulouse.
Victor Ségoffin, originaire de Corronsac dans le Lauragais où sa famille était propriétaire d’une maison bourgeoise du XVIIIe siècle, qui est désormais occupée par la mairie, est né à Toulouse le 5 mars 1867, rue Cujas.
Il suit tout d’abord des études au lycée Pierre de Fermat avant d’être admis aux Beaux-arts de Toulouse où il est l’élève de Charles Ponsin-Andarahy (sculpteur né à Toulouse en 1835) .
De retour de l’armée où il s’était engagé, il part pour Paris pour suivre des cours à l’école supérieure des arts décoratifs.
Son professeur Aimé Millet l’incite à passer le concours de l’école des beaux-arts qu’il réussit. Il y bénéficie de l’enseignement de Pierre-Jules Cavelier (sculpteur français 1814-1894) et Louis-Ernest Barrias (sculpteur français 1841-1905). Dans le cadre de ces cours il taille des médaillons notamment sur les façades des hôtels parisiens.
Par la suite, il réalisa plusieurs œuvres reconnues dont le génie du mal qui lui valut de découvrir un cousin millionnaire et l’honneur de figurer en bonne place au salon de 1894. A noter, que ce cousin fut trop tôt décédé pour faire un testament en sa faveur. Il avait déjà légué son héritage à l’œuvre : « la bouchée de pain ».
Après plusieurs tentatives Victor Ségoffin obtient en 1897 le premier grand prix de Rome(1) pour la réalisation d’un plâtre d’« Orphée perdant pour la seconde fois Eurydice, entraînée de nouveau par mercure dans les régions infernales ».
En Italie, où il fut pensionnaire de la villa Médicis de 1897 à 1902, Il put ensuite parfaire, ses connaissances notamment de Michel Ange et de Bernin ce qui lui permit de développer son goût pour le baroque.
A noter, qu’il participa à l’exposition universelle de 1900 il y reçut la médaille de Bronze. L’ensemble de son travail fut reconnu par l’attribution de la cravate d’officier de Légion d’honneur. Il décède le 17 octobre 1925 à Toulouse.
En dépit de son talent, de ses réalisations et de la légion d’honneur, il n’eut pas la reconnaissance méritée. Il était en effet, peu connu du grand public et des puissants de son temps. Dans la revue « L’avenir des Hautes-Pyrénées » du 1er novembre 1925, Guy de Montgailhard écrivait « …Ségoffin ne connûtes tout le succès qu’il ne méritait ni à Toulouse ni à Paris. il en souffrit certainement, au fond de son cœur très épris de sa petite patrie et méritera une place de choix dans l’histoire de la statuaire toulousaine, si fertile en grand talents plus favorisés et mieux accueillis au cours de leur vie même de leurs propres concitoyens ».
C’est en 1936 que l’ancien chemin vicinal du Busca, fut baptisé avenue Victor Ségoffin.
La Mairie reçut un document tout à fait insolite : une lettre de remerciement ! Elle eut les honneurs du Bulletin Municipal. (A lire ci-dessous)
Laurent
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Marseille, le 3 juillet 1936. Monsieur le Maire, Parce que je viens d'apprendre par mon ancien camarade de la faculté de droit de Toulouse, le conseiller Adolphe LAPORTE, que la municipalité que vous présidez a placé une plaque, à l'entrée de l'ancien chemin du Busca, portant l'inscription suivante : Avenue Victor-Ségoffin Statuaire Toulousain 1867-1925, je me fais un devoir, tant au nom de la veuve du grand artiste, trop tôt disparu, qu'en mon nom personnel, au titre d'exécuteur testament de vous présenter mes plus vifs remerciements. Durant la vie de labeur de mon ami regretté, l'envie et la sottise se sont acharnées après l'artiste aussi original que désintéressé dont l'œuvre porte témoignage. Et la ville de Clémence Isaure et ses mandataires s'honorent à faire survivre la mémoire d'artistes comme Victor SÉGOFFIN. Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'assurance de ma considération la plus distinguée. Gaston BOUTEILLER, avocat.
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Parmi ses œuvres on peut citer :
Certaines de ses œuvres sont exposées à Toulouse :
Le portait de Victor Segoffin (Cliché numérisé Fonds Victor Ségoffin) et Judith tenant la tête d’Holopherne font partie des collections du Musée des Augustins de la Mairie de Toulouse.
Le Buste d’Emile Carthailhac fait partie des collections du muséum de Toulouse ( MHNT.MISC.2001.0.2)
Marseille, le 3 juillet 1936.
Monsieur le Maire,
Parce que je viens d'apprendre par mon ancien camarade de la faculté de droit de Toulouse, le conseiller Adolphe LAPORTE, que la municipalité que vous présidez a placé une plaque, à l'entrée de l'ancien chemin du Busca, portant l'inscription suivante : Avenue Victor-Ségoffin Statuaire Toulousain 1867-1925, je me fais un devoir, tant au nom de la veuve du grand artiste, trop tôt disparu, qu'en mon nom personnel, au titre d'exécuteur testament de vous présenter mes plus vifs remerciements. Durant la vie de labeur de mon ami regretté, l'envie et la sottise se sont acharnées après l'artiste aussi original que désintéressé dont l'œuvre porte témoignage. Et la ville de Clémence Isaure et ses mandataires s'honorent à faire survivre la mémoire d'artistes comme Victor SÉGOFFIN.
Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Gaston BOUTEILLER,
Avocat.
(1) Créé en 1663 pour récompenser les meilleurs élèves de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, le Grand Prix de Rome a longtemps constitué la plus haute distinction qui soit accordée à un artiste désireux d’embrasser la carrière des Beaux-Arts.